Ils publient des leçons de vie… mais les appliquent-ils vraiment ?
"L'humilité ne se poste pas. Elle se pratique."
Chaque jour, les réseaux sociaux débordent de sagesse.
« Choisissez la paix. »
« Soyez authentique. »
« Ne jugez jamais les autres. »
« Les personnes toxiques attirent les personnes toxiques. »
Des milliers de « J'aime ».
Des centaines de partages.
Des commentaires admiratifs.
Puis, quelques heures plus tard...
La même personne ridiculise quelqu'un en commentaire.
Humilie un collègue.
Manipule son entourage.
Refuse toute remise en question.
Coupe la parole à tout le monde.
Ou explose de colère à la moindre contradiction.
Le problème n'est pas qu'elle soit imparfaite.
Nous le sommes tous.
Le problème apparaît lorsque la philosophie devient un
costume... plutôt qu'un mode de vie.
Les réseaux sociaux récompensent les apparences, pas les comportements
Les algorithmes ne savent pas si vous êtes bienveillant.
Ils savent seulement que votre publication génère de l'engagement.
Partager une citation prend dix secondes.
Être patient avec son conjoint.
Reconnaître ses torts.
Écouter sans interrompre.
Gérer son stress.
Accepter une critique.
Tout cela demande parfois des années d'entraînement.
Notre cerveau adore les raccourcis.
Et les réseaux sociaux lui en offrent un magnifique :
Donner l'impression d'être une meilleure personne est
souvent beaucoup plus simple que le devenir.
Nous publions parfois la personne que nous rêvons d'être
Le psychologue Carl Rogers distinguait le soi réel du
soi idéal.
Le soi réel, c'est celui qui agit.
Le soi idéal, c'est celui que nous
aimerions devenir.
Beaucoup de publications philosophiques ressemblent
davantage à une déclaration d'intention qu'à une photographie de la réalité.
Quelqu'un qui partage chaque semaine :
« Contrôlez votre colère. »
est peut-être justement quelqu'un qui lutte quotidiennement
contre elle.
La citation devient alors un objectif personnel.
Pas une preuve.
Le cerveau aime croire ce qu'il raconte
Le psychologue Leon Festinger a démontré que notre cerveau
déteste les contradictions.
Lorsque nos comportements ne correspondent pas à nos
valeurs, une tension psychologique apparaît : la dissonance cognitive.
Deux solutions existent.
Changer ses comportements.
Ou renforcer son discours.
La première est difficile.
La seconde est immédiate.
À force de répéter certaines valeurs, nous pouvons finir par
avoir le sentiment de déjà les vivre.
Le cerveau confond parfois l'identité racontée avec
l'identité incarnée.
La morale peut devenir un outil de prestige
Depuis quelques années, des chercheurs étudient un phénomène
appelé Moral Grandstanding.
L'idée est dérangeante.
Certaines personnes utilisent les discours moraux
principalement pour améliorer leur image sociale.
Le message n'est plus seulement : « Voici une idée
intéressante. »
Il devient subtilement :
« Regardez comme je suis conscient. »
« Regardez comme je suis éveillé. »
« Regardez comme je suis du bon côté. »
Plus le discours est moral.
Plus il attire souvent de validation sociale.
Notre cerveau adore cette récompense.
Le piège invisible de la licence morale
Autre phénomène fascinant : la licence morale.
Après avoir accompli une action que nous jugeons positive,
nous avons parfois tendance à nous autoriser inconsciemment davantage d'écarts.
Sur les réseaux sociaux, publier une citation inspirante
peut parfois produire cette illusion.
Comme si afficher une valeur suffisait déjà à la posséder.
Comme si parler de bienveillance équivalait à être bienveillant.
Les paroles sont gratuites. Les comportements coûtent.
Observer quelqu'un pendant cinq minutes sur Internet ne
permet pas de connaître sa personnalité.
Observer ses comportements répétés pendant plusieurs mois
raconte une toute autre histoire.
Les paroles révèlent souvent les intentions.
Les comportements révèlent les habitudes.
Les habitudes révèlent les priorités.
Et les priorités révèlent généralement les véritables
valeurs.
C'est précisément pour cette raison qu'en analyse du
comportement, les actes constituent un indicateur beaucoup plus robuste que les
déclarations.
Le plus grand mensonge est parfois celui que l'on se raconte à soi-même
Le danger n'est pas seulement de tromper les autres.
Le véritable danger est de finir par croire sa propre mise en scène.
Lorsque notre identité numérique devient plus vertueuse que
notre comportement quotidien, nous cessons progressivement de nous remettre en
question.
Or, la croissance personnelle commence exactement à
l'endroit où les excuses s'arrêtent.
Avant votre prochaine publication...
Posez-vous une question inconfortable.
Cette citation décrit-elle réellement ma manière
d'agir... ou seulement la personne que j'aimerais que les autres voient ?
Si la réponse est la seconde, ce n'est pas une condamnation.
C'est une invitation.
Une invitation à transformer progressivement les mots en
comportements.
Car le monde ne manque pas de philosophes numériques.
Il manque de personnes capables d'incarner leurs convictions
lorsque personne ne les regarde.
La sagesse ne se mesure ni au nombre de citations publiées,
ni au nombre de « J'aime ».
Elle se mesure à ce que vous faites lorsque votre téléphone
est dans votre poche.
L'équipe Profil Humain
Formation en Analyse du Comportement
Références
(format APA)
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